Nighthawks, Edward Hopper

Nighthawk

 

 

 

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Nighthawks Edward Hopper

 

 

Nighthawks est un tableau peint par Edward Hopper en1942.

Il est conservé à l’Institut d’art de Chicago, à Chicago.

 

Les sources d’inspiration

 

 

Ce tableau aurait été inspiré d’une nouvelle d’Hemingway publiée en 1927 intitulée Les Tueurs.

 

Nighthawks est également rapproché du Café de nuit peint par Van Gogh.

 

 

café de nuit van gogh

Café de Nuit, Van Gogh, Yale University Art Gallery, New Haven

 

Ce dernier appartient depuis 1933 à Carlton Clark, le principal collectionneur de Hopper.

Cette peinture est exposée à New York en 1942, au moment où Hopper commence son tableau.

 

Van Gogh a voulu peindre « un endroit où l’on peut se ruiner, devenir fou, commettre des crimes ».

 

Cette atmosphère de criminalité latente se retrouve dans Nighthawks.

 

 

De la peinture ou du cinéma ?

 

 

On peut se demander si le peintre a représenté un lieu réel en prenant le strict minimum ou s’il s’agit d’un décor de cinéma.

 

L’angle de vue du tableau le rapproche d’un plan de film.

 

Il a d’ailleurs été repris plusieurs fois :

 

Dans Les Tueurs de Robert Siodmak

 

nighthawk les tueurs

 

 

 

Dans tout l’or du ciel

 

nighthawks tout l'or du ciel

 

 

 

Et même dans les Simpsons

 

nighthawks simpsons

 

 

Cette vue nous fait entrer dans le tableau. Nous sommes en train de marcher dans cette rue, et cette scène correspond à ce que nous voyons devant nous.

 

En représentant la scène sous cet angle, Hopper transforme le public en spectateur-acteur.

 

 

Un tableau désespérant

 

 

Tout est silencieux

 

 

Il n’y a personne dehors et il n’y a même pas de lumière allumée dans l’immeuble d’en face.

On se croirait dans une ville abandonnée.

 

Le seul endroit où il y a du bruit c’est dans le bar (et encore).

Mais nous qui sommes à l’extérieur, nous n’entendons rien.

 

Les personnages du bar sont également silencieux.

 

Regardons-les en détails.

 

Il y a un couple, mais sont-ils vraiment ensemble ? Surement. Si l’homme essayait de la séduite il lui parlerait. Là ils sont côte-à-côte et ne se regardent pas. Leurs mains sont proches mais ne se touchent pas. Ils sont ensemble. Depuis trop longtemps peut-être et ils n’ont plus rien à se dire. La femme préfère s’intéresser à ses ongles ce qui montre son en ennui. Ils ne sourient pas non plus.

 

 

nighthawks

 

 

Il y a un homme de dos, seul avec un verre. Il boit peut-être pour oublier quelque chose ? Il est peut-être là pour éviter d’être seul chez lui du coup il est seul mais ici ?

 

nighthawks

 

 

Il n’y a que le barman qui parle mais ce qu’il dit doit être très court. A moins qu’il ne s’agisse d’un sourire artificiel.

 

nighthawks

 

 

Les personnages représentent l’abattement et l’ennui.

 

Le bar qui est normalement un lieu de fête, de convivialité et de séduction devient un endroit de désespoir.

 

 

Tout est oppressant

 

 

Nous ne voyons pas le ciel. Cela renforce l’idée que nous sommes dans cette rue.

Quand nous marchons dans une ville avec des immeubles nous ne voyons pas le ciel. Nous avons seulement une vue rapprochée.

 

L’absence du ciel rend la scène oppressante.

Tout est triste, lugubre, et il n’y a aucune issue ni aucun endroit à regarder pour oublier cette réalité.

 

 

La construction du bar renforce cette oppression.

 

Les personnages sont enfermés dans le bar comme dans une prison. Les lignes du bar agissent comme des barreaux.

 

nighthawks

 

Mais en plus, ils partagent un espace restreint.

 

nighthawks

 

Dans cet espace clos, la forme du comptoir isole encore les personnages et le barman est encore plus enfermé.

 

nighthawks

 

Tout est noir

 

 

Il n’y a pas de couleur vive. Le verdâtre est majoritairement présent et la seconde couleur est le marron. Elles ne sont même pas égayées par la lumière.

La seule lumière présente vient du bar mais elle ne sert pas à éclairer le tableau. Elle montre plutôt que tout le reste est dans l’obscurité.

 

 

Interprétations

 

 

La déception

 

 

Dans ce tableau il ne se passe rien. Tout est silencieux et tout montre l’ennui.

On en revient au cinéma : il y a une atmosphère propice au surgissement de l’action.

Est-ce qu’il va se passer quelque chose dans le bar ? Est-ce quelqu’un va surgir de la rue située à droite ?

 

Mais là c’est une peinture, la scène ne changera pas. Rien, aucune action ne viendra combler ce vide.

 

Cette action attendue mais qui n’arrive pas provoque chez le spectateur de la déception. En ressentant cela nous devenons comme les personnages du bar.

 

Cette idée de vide non comblé vient de Françoise Barbe Gall dans son livre Comment regarder un tableau.

 

 

Je n’ai pas la même vision qu’elle même si j’arrive à la même conclusion.

 

L’ambiance est tellement déprimante et oppressante que je n’attends pas d’action.

Tous les éléments déteignent sur moi. Je me sens aussi abattu et vide que les personnages.

Je suis résigné je ne m’attends plus à rien.

 

D’ailleurs tout est fait pour que je ressente ça.

Les personnages du bar sont seuls mais ils partagent quand même la même pièce.

Moi je suis tout seul dehors.

Je ne les intéresse même pas. Personne ne me regarde et il y en a même un qui me tourne le dos.

Tous les traits qui agissement comme des barreaux enferment les personnages, mais ils m’isolent d’eux aussi.

Les rejoindre me parait donc impossible.

 

Si le tableau exprime la solitude, finalement le plus seul des personnages c’est le spectateur.

 

 

Le désenchantement

 

 

Une puissance ébranlée

 

Le 7 décembre 1941, l’aviation japonaise attaque Pearl Harbor. Les Américains prennent conscience que malgré leur puissance ils peuvent se faire attaquer sur leur territoire.

 

Ils commencent à craindre pour leur sécurité et ils se rendent compte qu’ils ne sont pas tout-puissant.

 

Nighthawks peut donc montrer le cynisme lié à la guerre et la désillusion des Américains vis-à-vis de leur puissance.

 

 

La face cachée des Etats-Unis

 

 

Cette période correspond aussi à l’émergence de l’American way of life.

 

New-York se transforme et devient la ville la plus dynamique du monde.

 

Le nombre d’emplois augmente et le pouvoir d’achat aussi. C’est le début de la consommation de masse.

 

Dans le même temps, de nombreux immigrés fuyant la guerre en Europe partent vers les Etats-Unis pour trouver la Liberté et le Bonheur.

 

Les Etats-Unis deviennent donc un lieu idéalisé.

 

Mais là, Hopper nous montre la face cachée. Dans un lieu où tout évolue à toute vitesse, certains endroits ne bougent pas ; et des gens se retrouvent perdus, ils n’arrivent plus à suivre.

 

Puis, si la liberté et le bonheur sont mis en avant, ces valeurs restent illusoires pour la majorité.

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