Comment regarder un tableau, Françoise Barbe-Gall (1/6)

Introduction

 

 

Il y aura six articles sur cet ouvrage. Chacun d’eux reprendra une section du livre.

 

Quand j’ai acheté ce livre je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne l’avais jamais feuilleté et je n’avais pas fait de recherche dessus.

 

Quand je l’ai ouvert, j’ai découvert que l’auteur analysait à chaque fois un type de peinture différent. Je me suis dis qu’en comprenant comment elle étudiait les peintures, je trouverai une méthode permettant de comprendre chacune d’elles. C’est en partie le cas.

 

Lire ses réflexions m’a forcé à regarder les tableaux. J’ai ainsi pu faire mes propres interprétations à partir des pistes qu’elle donne. Certaines fois, j’ai pu trouver des éléments qui approfondissaient l’analyse de l’auteur, d’autres fois j’ai pu me trouver en désaccord avec. Mais plus je commentais les œuvres plus je me suis détaché de ses écrits. Si vous avez ce livre ne vous étonnez donc pas de voir des différences avec le texte.

 

L’important c’est de regarder les tableaux.

 

 Ne lisez pas simplement ce que j’écris. Avant de lire, observer la peinture pour voir ce que vous pouvez en dire. Ensuite lisez l’article et revenez plusieurs fois au tableau. Êtes-vous d’accord avec ce que j’ai écrit ? Oui ? Non ? Pourquoi ?

Ce que je viens de dire correspond à la démarche que ce m’a forcé à avoir.

 

Même si j’ai repris certains éléments de l’auteur, les commentaires sont dus en grande partie à mes propres réflexions face aux peintures.

 

Il n’y a qu’en s’exerçant qu’on progresse. Mon but est de vous donner des pistes pour que vous ayez vos propres interprétation.

 

 

Partie I

 

 

Quand une peinture représente un élément de la réalité, quelque chose qu’on peut facilement connaître, nous nous arrêtons souvent à une constatation : c’est un portrait, un paysage, bref on dit ce que ça représente.

 

Nous étudions ensuite le détail technique pour voir à quel point c’est réaliste.

 

Mais la simplicité apparente de ces tableaux nous fait oublier qu’il y a une signification à découvrir.

1) Portrait de Balthazar Castiglione, Raphaël

 

 

Le portrait, voilà un genre que je ne sais pas analyser. Que faut-il regarder dans un portrait ? Qu’est-ce qui fait d’un portrait une œuvre ?

 

 

Portrait de Balthazar Castiglione Raphael

 

 

Françoise Barbe-Gall commence par analyser la technique.

 

Il faut s’approcher pour analyser les subtiles nuances de couleur, la luminosité.

 

Quand on regarde le manteau, on sent qu’il est moelleux.

 

Pour l’auteur les couleurs renvoient au métier de diplomate du personnage.

Le peintre utilise le gris et toutes ses nuances pour annuler l’opposition du noir et du blanc.

Unir les contraires, n’est-ce pas le but de son métier ?

 

Et le choix des vêtements ? Raphaël aurait pu choisir des matières plus luisantes comme la soie ou le satin. Mais non il s’agit du velours qui a la propriété d’absorber la lumière.

 

Il n’y a donc pas de couleur vive ni de lumière excessive. Mais ne croyez pas que cela donne un tableau austère. Le sentiment qui se dégage c’est le calme. Regarder ce portrait est reposant.

 

L’auteur explique une chose importante à savoir pour analyser un portrait.

Au XVe siècle, les modèles étaient représentés de profil. Il a fallu attendre les peintres flamands pour les représenter de trois quarts pour exploiter le regard. Puis, au début du XVI e siècle la Joconde de Léonard de Vinci se fait connaître. Ce portrait a la particularité de montrer les mains, c’est-à-dire un autre élément expressif.

 

Françoise Barbe-Gall analyse ces deux composants.

 

Il a les mains croisées et elles ne montrent aucune émotion. Mais ce qui est étrange c’est qu’on ne les voit qu’en partie.

 

Pourquoi les avoir montrés à moitié ? Il aurait pu ne pas les peindre ou les représenter entièrement.

 

Peut être pour dire que quelque chose nous échappe. Cela peut signifier qu’on voit que ce que Castiglione veut bien nous montrer.

 

Cela rappelle son rôle de diplomate. Il montre ce qu’il veut, il ne révèle pas tout.

 

Ses yeux sont vifs. Mais nous avons l’impression qu’ils nous regardent. Ils sont placés à notre niveau ce qui fait de nous son « interlocuteur ».

 

            Que faut-il retenir pour analyser un portrait ?

 

– Les couleurs utilisées. Celles des vêtements et celles du fond. Y a-t-il des couleurs vivent ou non ? Y a-t-il beaucoup de nuances ?

– La lumière. Y en a-t-il beaucoup ? Où est-elle située.

– Les mains et les yeux. Est-ce qu’on les voit ? Comment sont-ils peints ? Qu’est-ce qu’ils dégagent comme émotion.

 

2) La Mort de la Vierge, Caravage

 

 

la mort de la vierge Caravage

 

 

Dès qu’on voit le tableau on peut dire ce qu’il se passe. Il s’agit de personnes rassemblées autour d’une femme qui vient de mourir.

 

Certains font des gestes qui montrent leurs émotions.

 

Mais je n’ai pas la même vision que l’auteur concernant les attitudes des personnages.

 

Elle dit par exemple : « Les visages importent moins que les corps ». Mais sur le nombre de personnages, il n’y en a que trois qui couvrent leur visage.

 

Elle remarque qu’au fond trois personnes discutent et elle appelle cela « un reste de véhémence ».

 

Mais si ce n’était pas cela ?

 

Les trois personnes les plus proches se cachent le visage. Derrière, deux hommes regardent la morte avec tristesse mais calme. Encore derrière, trois discutent.

Sont-ils vraiment intéressés par ce qu’il se passe ? On dirait plutôt qu’ils parlent de choses qui n’ont rien à voir.

Ils sont au fond, ils voient mal ce qu’il se passe, ils se désintéressent.

 

Cette attitude semble confirmer par celui qui se trouve juste à côté d’eux. On pourrait croire qu’il détourne la tête de chagrin. Mais son visage représente plus l’ennui que la peine.

Les deux personnes devant lui l’empêchent de voir. S’il regardait tout droit il ne verrait rien.

Alors il regarde ailleurs et il attend que ça finisse. (Etrange d’ailleurs que l’auteur ne parle pas de ce personnage)

 

Nous pouvons aussi remarquer que celui qui se trouve à côté de la tête de Marie a une position qui rappelle La Mélancolie de Durer.

 

L’auteur met en évidence un élément qui sert à guider l’œil du spectateur : la lumière.

 

Regardons la jeune fille au premier plan.

La lumière tombe sur son cou, puis sur son bras et enfin sur son vêtement. Il y a une diminution progressive de la lumière qui nous emmène aux pieds de la femme, jusqu’à la bassine qui servira à faire la toilette mortuaire. Cet élément nous renvoie à la femme dans le lit.

 

Elle porte également notre attention sur le décor du tableau. Au fond il y aune ligne sur le mur qui peut symboliser « l’ombre qui s’abat sur eux ». Caravage utiliserait le décor pour traduire les sentiments de ses personnages.

 

Mais j’ai une autre interprétation. Cette ligne en diagonale peut faire penser à une autre qui part de la tête de Marie, qui relie celles des apôtres à côté d’elle et qui finit à celle de celui qui regarde ailleurs. Cela signifie donc que plus on est proche de la Vierge plus on est ému, mais aussi le contraire : plus on est éloigné moins on s’intéresse.

 

Passons à la Vierge maintenant.

C’est la seule dont nous voyons tout le visage. Il n’y a aucune ombre dessus.

Par rapport à ses vêtements que remarque-t-on ? Que la couleur de son habit se retrouve dans le rideau au-dessus d’elle. Il y a un écho entre les deux. Pour l’auteur cela signifie que la Vierge va s’élever. Elle va quitter son vieux vêtement terne pour un tissu resplendissant, luxueux et lumineux. Marie retrouvera sa grandeur dans l’au-delà.

 

Mais prenons du recul. Si on enlève le titre, auriez-vous pu me dire que le sujet était la mort de la Vierge ?

 

Non parce qu’il échappe aux représentations traditionnelles.

Les anges ? Il n’y en a pas. Puis, dans la bible, Jean explique que personne ne doit pleurer pour montrer qu’ils ne craignent la mort, eux qui parlent de résurrection.

Mais ici les apôtres se laissent aller à leurs émotions.

 

Cela ressemble à une scène quotidienne. C’est ce qu’il se passe chaque fois qu’une femme vient de mourir.

 

Que faut-il retenir pour une scène d’émotion ?

 

 

– La représentation des émotions des personnes. Ont-ils tous la même émotion ? Expriment-ils leurs sentiments de la même manière ?

– Leur distance par rapport à la raison de ces émotions. Sont-ils proches ou loin de ce qu’ils se passent ? Leur position peut expliquer des sentiments différents.

– Le décor. Quelle ambiance donne-t-il à la scène ? Est-il oppressant ? Symbolise-t-il le ressenti des personnages.

– La lumière. Où est-elle ? Nous indique-t-elle un chemin ?

– La représentation du sujet est-elle traditionnel ? Si vous n’aviez pas lu le titre auriez-vous compris le sujet ?

3) Nature morte avec deux luths, un virginal et des livres sur une table recouverte d’un tapis, Bartolomeo Bettera

 

 

nature morte avec deux luth

 

 

Souvent le titre dit déjà ce qu’il y a à voir. Alors pourquoi ne pas s’en contenter ?

Parce qu’une interprétation intéressante se dissimule dans cet amas d’objets.

 

L’intérêt du tableau réside dans ce qui n’est pas énuméré dans le titre, autrement dit dans les choix du peintre.

 

Ces éléments sont : la lumière, le ruban rose du luth, les feuilles écornées du livre de partition, l’aspect vieilli du gros livre et du bout de papier qui se trouve dedans, l’absence de fond qui met en valeur les objets.

 

S’arrêter au réalisme des éléments du tableau serait une erreur. Les choix de l’artiste indiquent qu’il faut dépasser cela pour comprendre ce qu’ils signifient.

 

Le tissu du luth me donne une drôle d’impression. En pendant comme ça, j’ai l’impression qu’il est abattu. Comme s’il se disait : tout est foutu, je laisse tomber.

Ce ressenti est apparu la première fois que j’ai regardé le tableau. Vous trouvez que je sur-interprète ? Peut-être mais il s’agit d’une impression qui m’est venue, je ne l’explique pas.

 

La poussière est présente. C’est elle qui permet de comprendre le tableau en insérant la notion de temps.

On arrive à rétablir l’histoire : avant, un groupe de musiciens utilisaient ces instruments pour faire des concerts. Puis, ils les ont posé comme ça et ne sont plus revenu. Que s’est-il passé ? Pourquoi ne sont-ils plus là ? A nous d’imaginer.

 

Cet élément permet aussi de comprendre qu’il s’agit d’un tableau de vanité, c’est-à-dire qui rappelle que la vie a une fin.

 

Une fois qu’on a vu le thème du temps, et donc de la mort, tous les autres éléments prennent sens.

 

Les livres et les instruments symbolisent les sciences.

 

Le tapis rouge : la richesse.

 

La feuille utilisée comme marque page : on a pris du temps pour en arriver jusque là mais on n’a pas pu le finir.

 

Cela signifie qu’on peut être l’homme le plus instruit et le plus riche au monde, on finit aussi par mourir.

 

Si nous imaginons que le gros livre est la bible, cela rappelle la phrase de la genèse : « tu es poussière et à la poussière tu retourneras ».

 

Mais le peintre ne se contente pas de mettre de la poussière.

 

Il rajoute des traces de doigt et je trouve cette idée géniale !

 

Ces traces, c’est peut-être ce que nous aurions fait si nous étions dans la pièce. D’ailleurs c’est peut-être ce que nous faisons déjà en regardant. On essaye de comprendre ce qu’il s’est passé, nous aussi on s’est dit que ces instruments étaient autrefois beaux et utiles, nous aussi on essaye de voir au-delà des apparences.

 

Mais c’est traces montrent aussi autre chose. Celui qui les a faites, il n’est plus présent, il est déjà parti. Cela renforce l’idée que le temps ne fait que passer. Et si ces marques de doigt renvoient au spectateur, cela signifie que nous aussi allons partir.

 

Comme l’explique l’auteur, les vanités ont également pour but de tromper l’homme. C’est pour cela qu’elles prennent parfois la forme de trompe-oeil. Là c’est le cas de poussière. On pourrait croire qu’elle est sur le tableau et non pas dedans. Mais si l’homme se trompe sur de telles choses sur combien d’autres se trompent-ils. Il est alors nécessaire de penser aux « vérités célestes ».

 

Je rajouterai que la tromperie se fait aussi avec le jeu de l’apparente simplicité. Le titre a l’air de dire : le tableau représente ça et c’est tout. Mais l’apparence est trompeuse. Il y a un message.

 

Que faut-il retenir pour une nature morte ?

 

 – Apprécier la technique du peintre mais ne pas s’y arrêter.

– Les éléments qui ne sont pas dans le titre. Est-ce qu’il y en a ? Ont-ils une signification.

– Une nature morte peut être un tableau de vanité. Les éléments suivants peuvent vous mettre sur la voie : les livres, les instruments de musique, un marque-page dans un livre, un objet qui rappelle la richesse comme le tapis. Il peut aussi y avoir d’autres choses qui rappellent la mort comme ? Les crânes évidemment !

– Une chose importante : toutes les natures mortes ne sont pas des vanités.

 

4) Vallon dans le parc de Helmingham, John Constable

 

 

Pour ce tableau, je n’ai pas la même analyse que l’auteur.

 

 

Vallon dans le parc de Helmingham Constable

 

 

Pour celle-ci « l’image ne dissimule aucune menace, et pas la plus petite énigme. »

 

Il n’y a que la barrière du pont qui est cassée mais « les enfants du village en ont déjà pris l’habitude ».

 

Il s’agirait d’un tableau anodin. D’un paysage que le peintre a représenté pour immortaliser un endroit qu’il aime tant. Ce lieu peut rappeler des souvenirs aux spectateurs, leur rappeler un endroit dans lequel ils ont été.

 

Si on peut effectivement voir cela, je ne suis pas d’accord pour dire qu’il n’y a pas de danger.

 

Le peintre a décidé de représenter un paysage particulier assez proche. Il n’a pas peint un lieu immense et époustouflant. On peut donc se demander pourquoi il a choisi ce lieu particulier.

 

Parlons de la composition du tableau. Quand on le regarde nous sommes immédiatement attirés par le pont.

Le fleuve qui se trouve au premier plan, au milieu du tableau nous y conduit.

Un arbre est situé devant à gauche du pont et un deuxième derrière à droite. Les deux arbres encadrent cet élément. Je dirais même qu’ils encadrent la barrière manquante.

 

Le pont a l’air fragile. Il n’est représenté que par trait. Pourquoi montrer un pont qui a l’air si fragile et dont la barrière manquante montre la vétusté ?

 

Parce que dans ce paysage, il n’y a pas que la nature. Il y a aussi une mère et son enfant qui vont emprunter ce pont. Dans ce tableau certes il ne se passe rien, mais nous craignons ce qu’il va se passer.

Je tremble à l’idée que cette mère et son enfant traversent. Vont-ils vraiment le faire ou vont-ils faire demi-tour pour ne pas prendre de risque ? S’ils décident de passer, cela se fera t’il sans incident ?

 

Ainsi le peintre a représenté le moment qui précède le drame en quelque sorte.

 

Il ne se passe rien pour l’instant, mais il peut se passer quelque chose.

 

Ce choix du moment fait naitre le stress dans le spectateur. Nous avons presque envie que le tableau se mettent à évoluer, comme dans un film, pour savoir comment ça se termine.

 

Que faut-il retenir pour un paysage ?

 

– Le choix du paysage. Si le peintre a décidé de représenter ce paysage et pas un autre c’est qu’il y a une raison.

– La grandeur de la nature. S’agit-il d’une représentation d’une petite part de la nature ou d’un paysage étendu, immense ? Pourquoi ?

– Le paysage est-il construit autour d’un élément ? Ce n’est pas parce que c’est un paysage qu’il n’y a pas de structure. Ici le fleuve nous emmène au pont et deux arbres l’encadrent.

– Y a t-il des personnages ? S’il y en a c’est qu’il y a de l’activité. Le peintre aurait pu choisir de ne pas les mettre, alors pourquoi l’a-t-il fait ?

 

 

5) Nighthawks, d’Edward Hopper

 

 

Nighthawks Edward Hopper

 

 

Pour ce tableau je vous propose mon analyse en plus de celle de l’auteur.

 

La première impression quand on regarde ce tableau, c’est qu’il s’agit d’un plan de film.

On se demande même si le peintre a représenté un lieu réel en gardant le strict minimum ou s’il s’agit d’un décor de cinéma tout en carton.

 

Ou alors on est dans le tableau. C’est nous qui nous promenons dans la rue et cette scène c’est ce que nous voyons devant nous.

 

La ville est propre. Tout a l’air silencieux. Il n’y a personne dehors. Il n’y a pas de lumière allumée dans l’immeuble d’en face. Le seul endroit où il y a du bruit c’est dans le bar. Mais rien ne s’en échappe. Nous qui sommes à l’extérieur, nous ne les entendons pas.

 

Les personnages ? Nous ne les intéressons pas. Il y en a même un qui nous tourne le dos. On peut regarder l’homme et la femme. Sont-ils ensembles ? Surement. S’il essayait de la courtiser il lui parlerait. Mais là, ils sont côte à côte et ne se regardent pas. La main de la femme est proche de celle de l’homme mais elles ne se touchent pas. Ils sont surement ensemble. Peut être depuis trop longtemps et ils n’ont plus rien à se dire. La femme préfère s’intéresser à ses ongles, ce qui peut représenter son ennui. Ils ne sourient pas.

 

L’homme de dos est seul avec son verre. Il est là pour oublier quelque chose. Ou parce qu’il n’a pas voulu être seul chez lui. Du coup il est seul mais ici.

 

Seul le barman parle. Et encore s’il le fait ça doit être court. Ou alors il s’agit d’un sourire faussement heureux.

 

L’ambiance au bar est triste. Les personnages représentent l’ennui et l’abattement.

 

Le ciel ? On ne le voit pas, ce qui renforce l’idée que c’est nous qui sommes dans la rue. Lorsque nous marchons dans une rue comme celle-ci voir le ciel est impossible. Nous voyons un coin de rue particulier, proche de nous. Cette absence de ciel fait ressentir de l’oppression. La scène est là, triste, lugubre, et il n’y a aucun moyen d’en sortir, aucun endroit où poser les yeux pour oublier cette réalité.

 

La construction du tableau donne également cette idée d’oppression. Non seulement les personnages sont enfermés dans le bar, mais ils partagent le même espace restreint. Traçons une diagonale qui part d’en bas à gauche et qui va jusqu’à son opposé. Ils se retrouvent dans un triangle. Le montant noir et les murs de la devanture agissent comme des barreaux, ils enferment les personnages. Dans cet espace clos, le barman est encore isolé par la forme du comptoir.

 

Les couleurs ? Le verdâtre est majoritairement présent, il y a ensuite du marron. Pas de couleurs vives. Celles utilisées ne sont même relevées par la lumière. Dans le tableau, la seule lumière qui existe vient du bar. Mais elle ne sert pas égayer le tableau. Elle montre plutôt que tout le reste est plongé dans l’obscurité.

 

Pour l’auteur, le tableau ne montre rien. Le vide de ce tableau laisse à penser qu’il va être comblé, qu’il va se passer quelque chose. Mais non rien ne se passe, ce qui produit une déception chez le spectateur. Et c’est ça le sujet du tableau : la déception.

 

Mais je ne ressens pas la même chose qu’elle même si j’en arrive à la même conclusion. Je ne m’attends pas à se qu’il se passe quelque chose. L’ambiance me saisit. Les éléments déteignent sur moi. Moi aussi je me sens abattu et vide.

 

Le mot exact représenté par ce tableau est celui qu’emploie l’auteur : le « désenchantement ».

 

J’ai fait quelques recherches sur internet. J’en ai retiré l’idée de la diagonale. Mais j’ai aussi trouvé une analyse qui parlait de ce désenchantement. Le tableau représenterait la face cachée du rêve américain. Le peintre dénonce l’american way of life, caractérisé notamment par l’idée de liberté.

 

Donc comprendre que le tableau représente un désenchantement ne suffit pas. Il faut le replacer dans son contexte historique pour comprendre ce qu’il signifie réellement.

Que faut-il retenir ?

 

 – L’étendu du tableau. On pourrait parler de paysage urbain. L’artiste représente-t-il un endroit particulier ou l’ensemble d’une ville ? Quels sentiments cela crée ?

– Les personnages. Y en a-t-il ? Est-ce qu’ils nous regardent ? Quelles émotions se dégagent de leur visage et de leur posture ?

– Les couleurs. Sont-elles vivent ou froides ? Quelles impressions donnent-elles ?

– La lumière. Eclaire-t-elle le tableau ou fait-elle ressortir l’obscurité ?

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