L'Origine du Monde, Gustave Courbet -
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L’Origine du Monde, Gustave Courbet

L'Origine du Monde Gustave Courbet

L’Origine du Monde, Gustave Courbet

L'Origine du Monde, Gustave Courbet
L’Origine du Monde, Gustave Courbet, 1866, Musée d’Orsay

L’Analyse de L’Origine du Monde

 

Le tableau s’analyse facilement :

  • Le modèle est sans visage : c’est un modèle de femme universel
  • Le fond noir en fait une scène intemporelle
  • Le fond noir, l’absence de décor, les draps représentés par des traits blancs servent à mettre le corps peint avec réalisme en valeur.
  • Le cadrage resserré nous oblige à regarder les parties intimes de la femme

Cette facilité d’analyse sert aussi à nous focaliser sur ce corps.

Il n’y a rien à comprendre, juste à regarder.

Alors regardons

Des jambes écartées, un sexe réaliste en gros plan et des seins. Hum… C’est du porno !

Ça paraît évident mais creusons un peu.

Les jambes sont ouvertes, certes. Mais elles ne sont pas écartées de manière obscène.

Le sexe est bien visible. Mais il s’agit plus d’un plan rapproché que d’un gros plan puisqu’on ne voit pas que ça.

Les seins sont montrés. Mais ils sont à peine dévoilés au lieu d’être fièrement exhibés.

Ces éléments indiquent qu’il s’agit d’une scène intime, et pas d’une image lubrique.

Si ce n’est pas de la pornographie pourquoi ce tableau choque autant ?

D’habitude, quand une peinture représente une scène intime, le spectateur se transforme en voyeur.

Avec l’Origine du Monde, le rôle de l’observateur va beaucoup plus loin.

Le plan rapproché, l’angle de vue et et les lignes du tableau nous place directement entre les cuisses.

On veut juste voir une peinture, et on se retrouve la tête devant le sexe de la femme.

De simples spectateurs, nous devenons acteurs. Nous sommes avec elle dans ce moment intime et on s’apprête à faire des préliminaires.

Certaines personnes sont dégoûtées par le tableau dès qu’elle le regarde. Ce qui est marrant c’est qu’elles pensent que c’est dû à la vue de ce sexe réaliste alors que c’est dû à leur rôle. Nous devenons acteurs dès que nos yeux se posent dessus, que nous en ayons conscience ou non.

 

Pour aller plus loin

 

L’Origine du Monde une peinture pornographique ?

 

Comme nous venons de le voir, cette peinture montre une scène intime. Donc nous pouvons qualifier cette représentation d’ « érotique » tout au plus. Mais c’est dû à notre époque.

Les photos pornographiques du XIXe siècles étaient bien plus sages que celles d’aujourd’hui.

Il n’y avait pas de gros plan sur les parties intimes ni de position lubrique.

Il suffit de regarder les clichés d’Auguste Belloc, le photographe de l’obscène, pour le comprendre :

Photographie obscène représentant une femme qui se dissimule, les cuisses ouvertes, vers 1860, Auguste Belloc
Photographie obscène représentant une femme qui se dissimule, les cuisses ouvertes, vers 1860, Auguste Belloc


Photographie, Auguste Belloc
Photographie, Auguste Belloc


Photo d'Auguste Belloc ayant pu inspiré l'Origine du Monde

L’Origine du Monde peut être rapproché de ces photos prises par Auguste Belloc en 1860 (Pour rappel l’Origine du Monde date de 1866).


Ces photos montrant le sexe féminin ont les mêmes caractéristiques :

  • Les jambes sont plus ou moins écartées pour montrer le sexe
  • La femme a toujours ses vêtements
  • Sa tête est soit coupées soit dissimulée

Donc oui au XIXe siècle, ce tableau devait être qualifié de pornographique.

Cette idée se confirme par rapport au premier acquéreur :

Il s’agit deKhalil-Bey (1831-1879), réputé pour sa grande collection de peintures érotiques.

Au début il souhait prendre Vénus et Psyché, mais Courbet l’a déjà vendu. Il lui propose donc deux tableaux : Le Sommeil, et l’Origine du Monde.

(Mettre les photos des tableaux)

L’Origine du Monde est donc au sommet de cette série de trois tableaux de plus en plus osés.

Une fois le tableau en sa possession, Khalil-Bey accroche la peinture dans sa salle de bain, dissimulée derrière un rideau.

S’il tient cette peinture à l’écart des autres et qu’il la cache, c’est bien qu’elle était trop provocante pour l’époque.

 

Œuvres inspirées de l’Origine du Monde

 

Attention : Je n’ai pas fait de recherche sur ces créations et il ne s’agit que de mon avis.

 

L’Origine de la Guerre d’ORLAN

 

L'Origine de la Guerre, ORLAN
L’Origine de la Guerre, ORLAN

On comprend qu’il s’agit du pendant masculin de la peinture de Gustave Courbet.

En représentant la femme sans tête et dans cette position, Courbet a peut-être voulu montrer la femme comme objet sexuel. Le visage qui sert à identifier et à transmettre les émotions ne compte plus. Le sexe est devenu la partie la plus importante du corps.

Donc, l’homme peut aussi être un objet sexuel.

Mais un détail me dérange dans ce tableau. C’est l’angle de vue.

Comme nous l’avons vu, ce qui fait l’intérêt de de l’Origine du monde, c’est de se retrouver la tête entre les jambes de la femme, donc face à son sexe pour la satisfaire.

Là, en gardant le même angle, le spectateur se retrouve dans la même position. Même cet fois c’est un homme. Donc on se retrouve devant ses fesses et devant sa poche à bébés.

Pour garder l’idée de Gustave Courbet il aurait fallu voir l’homme d’un peu plus haut. Ainsi on aurait eu l’impression de s’occuper de l’objet de sa virilité.

 

Nu visitant une exposition, l’Origine du monde de Gustave Courbet, Robert Schwarz

 

Nu visitant une exposition, l'Origine du monde de Gustave Courbet de Robert Schwarz
Nu visitant une exposition, l’Origine du monde de Gustave Courbet, Robert Schwarz

Un nu peint et un nu réel. Un de face qui met le sexe en valeur, un de dos qui expose ses fesses. Un qui exhibe son écrin rose, l’autre qui le cache avec ses deux mains. L’intérêt de cette œuvre repose donc sur l’opposition.

Mais l’artiste aurait pu aller plus loin.

Il aurait fallu mettre la femme là où l’observateur du tableau doit se tenir. Proche du tableau, sur la droite.

A l’idée d’opposition se serait ajoutée celle d’une fusion entre peinture et réalité car la femme aurait pris la place de partenaire sexuelle de celle du tableau.

 

Miroir de l’Origine, Deborah De Robertis

 

Miroir de l'Origine Deborah De Robertis
Miroir de l’Origine, Deborah De Robertis

Deborah de Robertis à sûrement dû vouloir montrer ce que ferait le tableau dans la réalité.

Mais je vais être méchant, je ne comprends pas l’intérêt.

Pour moi, quand on veut présenter sa propre version d’une œuvre, il faut quand même garder les éléments de base.

C’est comme en pâtisserie. Si on veut revisiter un gâteau au chocolat, il faut garder le chocolat.

Là, elle a fait tout l’inverse.

  • Il n’y a pas de décors ==> La photo prend l’arrière-plan du musée
  • Le modèle n’est pas identifiable ==> On reconnaît l’artiste

Dans la peinture, la femme est donc un objet sexuel intemporel. Mais plus encore c’est un objet de fantasme. Le spectateur peut imaginer ceux qu’il veut, il peut même imaginer la tête de qui il veut ou juste se concentrer sur ce sexe. Il peut le faire car le peintre a suggéré l’acte et surtout parce que c’est une peinture, donc c’est impossible qu’il se passe quelque chose.

Là, Deborah de Robertis montre son sexe dans un musée. Donc on est dans la réalité et c’est un acte indécent, contraire aux règles de société et illégal car c’est de l’exhibitionnisme. La suggestion est devenue une réalité crue et choquante par rapport au lieu.

  • L’œuvre représente un acte sexuel ==> Elle montre son sexe

Le plan du sexe inclut un jeu avec le spectateur. Mais j’ai l’impression qu’il y a quand même une certaine pudeur dans la façon de ne pas montrer son visage.

Là, Deborah de Robertis, exhibe son sexe.

C’est peut-être ça le propre de sa performance artistique : réussir à faire l’exact opposé de l’œuvre de Courbet.

 

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