La perspective en peinture

La Perspective

 

 

Qu’est-ce que la perspective ?

 

 

La perspective est le fait de représenter un espace en trois dimensions sur une surface en deux dimensions (un tableau).

 

Avant l’invention de la perspective, la taille des personnages dépendait de leur importance sociale et non pas de leur place par rapport au lieu. Il n’y avait même pas de notion d’espace. Les figures sont souvent représentées sur un même plan et même parfois les uns sur les autres. Le plus souvent le décor correspond à un fond dorée ce qui interdit toute idée de profondeur. La réalité spatiale n’est donc pas prise en compte.

 

Giotto est le premier à s’y être intéressé au XIVe siècle.

 

 

Annonciation de Sainte Anne, Giotto

Annonciation à Sainte Anne, Giotto

 

Pape Innocent III approuvant la règle de Saint François, Giotto

Pape Innocent III approuvant la règle de Saint François, Giotto

 

Nous observons des erreurs. Les lignes ne se rejoignent pas en un même point de fuite.

 

Il faut attendre la Renaissance pour que les règles de la perspective soient établies.

 

 

Pourquoi s’intéresser à la perspective ?

 

 

Parce que cette technique a révolutionné la peinture. Si elle a d’abord redéfinie l’espace picturale, elle a ensuite introduit l’unité de temps et d’action.

Elle a donc créé les règles de la peinture classique, c’est pourquoi tous les grands peintres que nous connaissons l’utilisent qu’ils soient français, italiens ou flamands.

 

Il faut également s’y intéresser pour comprendre la construction des tableaux.

 

Dans une perspective linéaire, nous seront plus sensibles aux lignes pour déterminer le point de fuite. Nous verrons alors si l’artiste attire notre regard sur le sujet principal ou s’il nous en détourne. Dans les deux cas, il s’agit d’un choix et ce sera à nous de le comprendre.

 

Dans une perspective atmosphérique, nous comprendrons plus facilement le choix des couleurs et l’effet produit.

 

 

 

 

Les différents types de perspective

 

 

La perspective linéaire

 

 

La perspective linéaire est une invention de la Renaissance qu’on doit à l’architecte Brunelleschi. Il a en effet prouvé qu’un bâtiment réel pouvait être reproduit à l’identique sur une surface plane.

 

Il s’est placé devant le portail central de la cathédrale de Florence et en face du baptistère. Il a mis un panneau avec un trou au centre devant lui. Sur le verso du panneau il avait peint le baptistère en perspective. Il interposait ensuite un miroir entre le panneau et le bâtiment. Cela lui permettait de voir que la structure coïncidait parfaitement à la peinture.

 

Pour être plus précis la perspective qu’il a inventée est dite linéaire ou centrale.

 

Pour la produire il faut placer un point de fuite (point où se rassemblent les lignes fuyantes) au niveau de la ligne d’horizon (ligne imaginaire qui correspond à la hauteur du regard). Toutes les lignes qui partent vers le fond convergent vers le point de fuite : ce sont les lignes fuyantes. Dans la réalité les lignes qui convergent sont parallèles. Par contre les traits horizontaux et verticaux restent tels qu’ils sont. La taille des objets diminuent par rapport à la profondeur.

 

 

La description de la méthode se trouve dans le livre De Pictura d’Alberti. On y voit notamment comment faire un dallage. Je ne la développe pas ici car le but de cet article n’est pas de faire un cours de mathématiques. Mais si ça vous intéresse, dites le moi en commentaire et je me pencherai dessus pour faire un article :))

 

Pour faire simple, et parce que c’est toujours mieux avec un schéma, la perspective linéaire c’est ça :

 

 

perspective

 

 

Toutes les lignes du tableau convergent vers le point de fuite (PF)

Dans la réalité les traits d’une route sont parallèles (heureusement) mais là non, il s’agit de lignes fuyantes.

Le trait droit passant par le point de fuite (NY) correspond à la ligne d’horizon.

La place du spectateur est en face du point de fuite. La perspective linéaire construit donc le tableau en fonction du regard du spectateur.

 

 

Maintenant quelques exemples :

 

 

La Trinité, Masaccio. Il s’agit du premier tableau en perspective linéaire.

Trinité, Masaccio

 

 

Cité idéale, Pietro della Francesca.

 

cite ideale, Francesca  cité idéale, Francesca

 

L’Ecole d’Athènes, Raphael

 

Ecole d'Athènes Raphael  école d'athènes, Raphael

 

Comment trouver le point de fuite ?

Il suffit de prolonger toutes les lignes du tableau, que ce soit les lignes du carrelage ou celles des bâtiments. L’endroit où elles se rejoignent correspond au point de fuite.

Vous avez des exemples au-dessus.

Je précise que le point de fuite ne se trouve pas obligatoirement au centre du tableau. Dans celui ci-dessous il est même hors de la peinture.

 

Raboteurs de parquet, Caillebotte

Raboteurs de parquet, Caillebotte

 

 

La perspective atmosphérique ou aérienne

 

 

Elle consiste à donner de la profondeur en jouant sur les dégradés de tons et de couleurs et en jouant sur les différences de netteté. Plus on s’éloigne, plus les couleurs deviennent froides et plus le décor perd en précision.

 

Cette technique apparait au XVe siècle chez les flamands grâce à l’invention de la peinture à l’huile par Van Eyck.

 

 

La fuite en égypte, Patinir

Paysage avec  fuite en Egypte, Patinir – Musée royal des beaux-arts d’Anvers

 

Léonard de Vinci a eu un rôle important dans le développement de cette technique.

 

La Joconde, Léonard de Vinci

 

 

Avant lui Fouquet utilisait déjà cette technique (mais bien sûr De Vinci l’a améliorée). Nous pouvons le voir avec son dessin de David et l’Amalécite, paru dans le manuscrit Les Antiquités Judaïques et La Guerre des Juifs de Flavius Joseph. Il est actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale de France, à Paris.

 

 

David et l'Amalécite, Fouquet

 

 

Mais comme je l’ai dit, toutes les peintures qui suivent la Renaissance utilisent la perspective, exceptées celles du courant japoniste ou à partir de l’art abstrait.

 

 

Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, Friedrich

Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, Friedrich, XIXe siècle.

 

 

ATTENTION : Il ne faut pas confondre la perspective atmosphérique avec le sfumato, technique inventée par Léonard de Vinci.

 

Ce mot vient du latin « fumo » qui veut dire fumée. Cela correspond à un effet de fumée inventé par Léonard de Vinci. Il s’agit d’une superposition de couches de peinture qui donne un effet vaporeux et qui donne l’impression qu’il n’y a pas de ligne ni de contour.

 

 

Quelles sont les différences entre la perspective atmosphérique et le sfumato ?

 

 

– La différence de zone

 

Le sfumato peut être appliqué au premier plan, comme sur le personnage de la Joconde, tandis que dans la perspective atmosphérique il n’y a que l’arrière-plan qui devient flou.

 

– La différence de technique

 

Dans la perspective atmosphérique les couleurs s’atténuent et les contours deviennent moins précis au fur et à mesure qu’on s’éloigne.

 

Pour le sfumato, l’artiste reprend ce procédé mais il ajoute une superposition de couches de peinture. Il accentue donc la profondeur.

 

– La différence de but

 

Pour la perspective atmosphérique le seul but est de créer de la profondeur.

 

Pour le sfumato il y a la profondeur et le réalisme. Léonard de Vinci trouvait qu’une perspective purement géométrique nuisait à la vérité. Pour lui une construction symétrique et la précision d’un trait figeaient la nature. Sa technique permet donc d’améliorer le réalisme. De plus en floutant légèrement les lignes, le tableau apparait parfaitement uni. Pour illustrer cela je reprends l’exemple de la Joconde. Entre le personnage et le paysage il n’y a pas de séparation marquée.

 

Pour connaître les réflexions de Daniel Arasse sur ce sujet, c’est par ici!

6 Commentaires

  1. Bonjour , il serait intéressant de faire un lien avec l’art contemporain notamment les oeuvres de Vasarely , avec la fondation d’Aix a coté 🙂
  2. Bonjour, tout d’abord bravo pour cet article très complet!
    Pourrais-tu stp détailler, dans la partie perspective linéaire, la construction du dallage, évoquée par Alberti dans son traité?
    Merci bcp, car ce sujet m’intéresse bcp mais est extrêmement complexe.. 🙂
  3. Pourquoi pas d’analyse sur la perspective inversée dans cet article sur la perspective ?

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