La Cité Idéale de Fra Carnevale -
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La Cité Idéale de Fra Carnevale

La Cité Idéale de Fra Carnevale

La Cité Idéale de Fra Carnevale
La Cité Idéale, Fra Carnevale

La Cité Idéale est un tableau captivant et apaisant que j’ai découvert grâce au livre Entrer dans un tableau de Françoise Barbe-Gall.

Je ne suis pas habitué à étudier des paysages urbains. J’ai donc été surpris qu’une telle peinture puisse me procurer du plaisir. Plaisir à la regarder et à l’analyser.

Et oui, je voulais savoir pourquoi cette œuvre me provoquait un tel sentiment.

En découvrant les raisons, je me suis rendu compte que ce tableau pourrait inspirer de nombreuses personnes.

Les peintres et ceux qui s’intéressent à la peinture évidemment, mais aussi les architectes, les décorateurs d’intérieurs et peut-être même ceux qui travaillent dans les vêtements. En fait, tous ceux qui travaillent dans des domaines créatifs.

Pourquoi ? Parce que le tableau montre l’harmonie des formes et des couleurs en plus des éléments purement picturaux.

Nous allons donc voir comment la composition répond aux notions d’ordre, de beauté et de sérénité pour présenter une Cité Idéale.Ordre

Analyse de la Cité Idéale

 

Une peinture géométrique

 

L’ordre est visible par la présence des figures géométriques qui jonchent le sol et qui forment les bâtiments et leurs parties comme les fenêtres et les colonnes.

Mais il se voit d’abord par la perspective dont le point de fuite est au centre du tableau.

La Cité Idéale de Fra Carnevale : perspective
La Cité Idéale de Fra Carnevale : perspective

Au début, le tableau semble même symétrique.

Les figures géométriques au sol le sont bien. Les marches et l’esplanade aussi. Il y a deux colonnes de chaque côté. Il y a un bout de bâtiment rectangulaire à gauche et un autre à droite.

Mais en continuant d’observer, on se rend compte que ce n’est pas le cas.

Pourquoi ne pas avoir fait une symétrie parfaite ? A mon avis parce que c’est chiant.

Chiant à peindre et à regarder parce que c’est deux fois la même chose.

Devant le tableau, le spectateur aurait dit « C’est symétrique, c’est beau » et il serait parti. Il n’y aurait rien eu de plus à dire.

La perfection c’est beau mais pas intéressant.

Là, le peintre a créé des différences qui servent à divertir le regard et les a structurées en un tout équilibré.

 

Une composition équilibrée

 

Harmonie des couleurs

 

Le tableau est principalement composé de tons neutres : du blanc, du beige, du gris bleuté, du marron-vert et des nuances de bleu.

Avec le bleu nous voyons bien comment le tableau est structuré.

Il y en a :

  • A gauche, au milieu et à droite
  • Au premier plan, au second plan et à l’arrière plan
  • En bas, au milieu, en haut (avec un écho entre le gris-bleuté du sol et le dégradé du ciel)

Ces couleurs basiques permettent d’introduire une teinte plus forte : le rouge.

Elle permet de guider le regard de la gauche vers la droite en apportant un peu de peps.

Le plus gros ensemble rouge correspond au bâtiment sur la gauche.

Mais Fra Carnevale n’en montre qu’une petite partie, il l’a ombré pour atténuer la couleur et il l’a encastré entre deux monuments plus gros et aux couleurs neutres pour calmer encore plus sa teinte.

Le rouge le plus vif est sur les vêtements des personnages. Mais ceux-ci sont répartis entre la gauche et la droite et ils sont si petits dans un si grand espace que l’éclat de la couleur est estompé.

Les colonnes montrent aussi la réflexion sur l’agencement des couleurs.

Si le peintre avait mis les quatre de la même couleur, ça aurait donné l’idée d’un espace fermé mettant la fontaine en valeur.

S’il avait mis les deux premières d’une couleur et les deux autres d’une autre, ça aurait donné l’impression de passage à franchir pour passer d’un espace à l’autre.

En inversant les couleurs, il a crée une harmonie. Notre regard passe facilement des premières aux secondes et continue jusqu’au fond de la cité sans que rien ne le gêne.

L’harmonie des couleurs du tableau repose donc sur trois points :

  • Sur le choix des nuances au lieu de la multiplication des couleurs
  • Sur la répartition équilibrée des couleurs
  • Sur l’atténuation des couleurs fortes par la dominance des tons neutres

Ainsi il y a suffisamment de teintes pour dynamiser la composition sans qu’aucune d’elles n’accaparent l’attention. Notre regard peut donc embrasser l’ensemble.

 

Harmonie des formes

 

Deux bâtiments de la cité s’opposent.

D’un côté il y a une église de forme hexagonale, composée de trois niveaux, ce qui fait pas mal d’angles et d’arêtes.

De l’autre il y a un amphithéâtre de forme circulaire présentant de nombreuses arcades.

Comment ces deux bâtiments, géométriquement opposés, peuvent-ils être à proximité sans choquer?

C’est parce qu’ils sont entourés de monuments avec lesquels ils ont des caractéristiques communes.

L’amphithéâtre a la même forme arrondie que les colonnes et la fontaine et la forme de ses arcanes ressemble à celle des reliefs entourant les fenêtres du bâtiments de gauche.

La cité idéale, fra Carnevale, amphithéâtre
La Cité Idéale de Fra Carnevale, Répartition des formes de l’amphithéâtre

Ces éléments communs créent une liaison qui nous amène doucement à l’amphithéâtre.

Puis de l’amphithéâtre, on passe à l’arc de triomphe avec lequel il a aussi des formes communes.

Pour l’instant, on ne s’est intéressé qu’aux formes arrondies. Mais l’amphithéâtre possède aussi des rectangles qui rappellent ceux des fenêtres.

La forme arrondi de l’amphithéâtre aurait pu paraître discordant dans ce tableau composé principalement de figures géométriques avec des angles et des arêtes. Mais il est en harmonie avec les autres grâce aux éléments qu’il a en commun avec les monuments autour de lui.

C’est la même chose avec l’église.

Comme elle, les autres bâtiments possèdent des arêtes et des angles.

Les fenêtres de l’église et les reliefs qui les entourent rappelles ceux du bâtiment de droite.

Elle a des motifs en commun avec le sol.

La Cité Idéale, Fra Carnevale, église
La Cité Idéale de Fra Carnevale, répartition des formes de l’église

Sa forme est suggérée par les deux hexagones sous la fontaine et par le socle de celle-ci.

Bien que différents, les monuments ont des éléments communs qui permettent de facilement passer de l’un à l’autre. Ils sont en harmonie grâce à la répartition des formes dans le tableau.

L’harmonie des monuments est donc dû au fait que les formes qui les composent sont réparties dans le tableau. Même s’ils sont différents, ils conservent des similitudes et les éléments-transitions permettent de facilement passer de l’un à l’autre.

Cette répartitions des couleurs et des formes permet aussi d’harmoniser les plans.

 

Une peinture apaisante

 

Ce tableau dégage de la sérénité.

Elle est due à l’harmonie des couleurs et des formes que venons de voir, mais pas seulement.

L’effet de sérénité vient de l’immensité de l’espace que l’on contemple.

La vue est tellement grande que nous devons tourner la tête. On dirait qu’on a pris la vue de gauche, celle du milieu et celle de droite pour les rassembler en un seul panorama.

Et encore, nous ne voyons pas tout d’un coup puisque les bâtiments rectangulaires sont coupés.

Cet espace est en grand en largeur mais aussi en profondeur.

La perspective contribue aussi à donner une idée de la profondeur en nous faisant franchir trois plans successifs :

  • Celui entre notre lieu d’observation et la fontaine
  • Celui entre la fontaine et l’arc de triomphe
  • Celui entre l’arc de triomphe et le bâtiment derrière

D’ailleurs les colonnes, la fontaine et l’arc de triomphe guident le regard vers le fond et donnent une idée de la profondeur du tableau par la distance qu’il y a entre eux.

C’est la même chose pour un logement. Une pièce vide parait toujours plus petite qu’une pièce meublée car les meubles permettent de se rendre réellement compte de l’espace.

Sans ces éléments, le tableau aurait donc paru moins profond.

On a donc devant nous une ville qui s’étend à perte de vue.

Mais cette cité idéale n’est pas un projet architecturale. Elle existe déjà. Les personnages en action sont là pour le prouver.

Leur présence a plusieurs fonctions.

Elle sert d’abord à donner une idée de la profondeur de la ville en rétrécissant au fil des plans.

Puis, en venant de différents endroits pour suivre des trajectoires divergentes, elles montrent l’étendue de la ville en indiquant tous les chemins possibles.

Enfin, elles servent à prendre conscience de la hauteur des monuments en apparaissant minuscules à côté d’eux. Mais elles ne sont pas écrasées pour autant. La taille de la place et des allées créent un espace à eux qui compense la taille des bâtiments.

Regardons un peu plus les personnages.

L’homme au premier plan traverse la place. Il marche depuis un moment et il lui reste encore la moitié de la place. Enfin, la moitié de ce que nous voyons. Si ça se trouve, son trajet continue bien au delà. Il indique que nous pouvons aller ailleurs qu’au le fond de la place. Nous pouvons aussi la traverser de gauche à droite. La ville est bien plus immense que l’on pense car elle s’étale au-delà de notre perception.

Pour une personne en forme, ce parcours prendrait déjà un certain temps. Alors là, pour une personne avançant grâce à une canne et qui porte un sac, le temps va être encore plus long.

Ce personnage introduit donc la notion de temps.

Dans cette espace, le temps se dilate devenant presque de l’immobilisme.

Sa marche est peut-être désagréable, il a peut-être arrivé. Mais nous sommes trop éloignés pour voir son expression.

Des personnes sont aussi présentes dans les plans suivants et réparties de droite à gauche. Elles prennent de l’eau à la fontaine, elles marchent, elles discutent. Mais encore une fois, de là où nous sommes ces figures paraissent immobiles et nous n’entendant rien. L’immensité a suspendu le temps.

Conclusion

La Citée peinte par Fra Carnevale est idéale parce qu’elle repose sur trois notions :

  • L’ordre dû à la géométrie
  • La beauté grâce à l’harmonie des couleurs, des formes et des plans
  • La sérénité avec l’immensité de l’espace et le silence sous-entendu

Mais ces trois aspects reposent sur notre point de vue actuel.

Si nous bougeons un peu l’équilibre est rompu. Si nous nous décalons, il n’y a plus de perspective. Si nous avançons, il n’y a plus de vue d’ensemble et donc plus d’harmonie visible.

Fra Carnevale ne montre donc pas une Citée Idéale mais un point de vue idéal.

 

 

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2 commentaires
  • Alexandre
    Publié à 10:56h, 15 juin Répondre
    J’avais déjà quelques bases en peintures urbaines mais celle-ci vient parfaitement compléter mon savoir ! J’adorerais des extra-liens vers d’autres peintures ou analyses pour compléter l’argumentaire la prochaine fois !
    Bon courage pour la suite et merci de vos efforts !
    • touslestableaux
      Publié à 12:26h, 18 août Répondre
      Merci pour votre commentaire. Il n’y a pas d’extra-liens car il s’agit de ma propre analyse et c’est ma première pour une peinture urbaine. Si j’en fais d’autres, je rajouterai les liens.

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