Comment regarder un tableau : l’exemple du Radeau de la Méduse

 

Cet article a deux buts :

 

– Compléter l’analyse du Radeau de La Méduse (si vous ne l’avez pas vu cliquez ici)

 

– Montrer que l’effet d’un tableau varie selon l’endroit d’où nous le regardons.

 

 

Pour vous présenter ce tableau j’aurais préféré être au Louvre devant l’original avec vous.

 

Pourquoi ?

 

Par rapport à la façon de nous positionner devant la peinture.

 

Avec l’ordinateur nous sommes obligés d’être face à l’image, les yeux automatiquement au centre du tableau.

 

Mais quel est le problème ?

 

Il s’agit d’une vue qu’on est forcé d’adopter à cause du support, mais ce n’est peut-être pas le meilleur angle pour apprécier le tableau.

 

Ici, ce que je vois en premier si je regarde vraiment devant moi, c’est un endroit où il n’y a rien.

 

 

radeau de la méduse géricault

Le cercle correspond à ce que je regarde immédiatement sur mon ordinateur

 

Il y a deux endroits où j’aimerais me placer pour vraiment apprécier le tableau.

 

Le premier est situé à gauche, près du tableau, le regard au niveau des pieds du mort.

 

 

radeau de la méduse géricault regarder tableau

 

Au premier plan j’aurais vu tous les cadavres près de moi (1) ; au second les personnes qui ont abandonné ou qui essayent d’aider le jeune homme sur le tonneau (2) ; enfin j’aurais vu tous ceux qui sont debout et au sommet l’homme qui agite le linge (3).

 

 

radeau de la méduse géricault composition

 

De ce point de vue j’aurais pu profiter de la ligne ascendante qui montre l’évolution de la situation. D’un côté la mort de l’autre l’espoir d’y échapper.

 

 

radeau de la méduse géricault

 

 

Mais si cette vue permet un puissant effet tragique par le rapprochement de la mort et de l’espoir, il n’est pas optimal.

 

De ce côté je ne vois pas du tout ce qui les animent (la présence lointaine d’un bateau) et je ne me rends pas compte du danger imminent (la vague qui va déferler).

 

Heureusement dans un musée on peut se déplacer 🙂

 

 

La seconde place procure encore plus d’effet !

 

Elle est située devant, assez près, en dessous, les yeux au niveau de la tête du cadavre.

 

 

radeau de la méduse géricault regarder peinture

 

Le remous de la mer cache le coin du radeau, ce qui efface ses limites et l’abaisse légèrement. On dirait une invitation à monter.

(Si ce côté avait été surélevé par une vague, le radeau aurait été beaucoup trop haut pour nous et nous nous serions confrontés à un angle saillant).

 

 

radeau de la méduse géricault analyse

 

 

J’aurais regardé le corps mort dont la tête et le bras tendent dans ma direction (1) .

 

Puis étant en dessous du tableau et assez près, j’aurais vu tous les morts à côté de moi, juste à côté (2) .

 

Je regarderais ensuite le mât qui se trouve derrière lui dont la voile se tend vers l’énorme vague qui approche (3) .

 

J’aurais alors été mort d’effroi. « Mais ils ne survivront jamais si une telle vague les percuté ! »

 

Puis je serais revenu à l’homme ombré pour suivre son regard (4) et contempler la pyramide humaine (5) . Face au terrible danger que j’ai aperçu, j’aurais été de tout cœur avec eux, j’aurais joint mes espoirs aux leurs.

 

En regardant d’en bas, l’homme sur le tonneau me paraitrait plus haut que tout, il constituerait vraiment le dernier espoir. Mieux placé on ne pourrait pas faire. S’il ne parvient pas à se faire voir, tous finiront comme les cadavres à côté de moi.

 

J’aurais ensuite voulu savoir la cause de tous ces espoirs. J’aurais aperçu le bateau au loin (6). Tellement petit, tellement effacé qu’on ne sait pas s’il s’agit vraiment d’un bateau.

 

Mais face au danger qu’ils encourent j’aurais prié avec eux pour qu’ils s’agissent bien d’un bateau et qu’il vienne les sauver.

 

Cette place aurait crée un véritable effet dramatique.

En face : le jeune homme, le mât, le danger qui approche.

A gauche : le désespoir et la mort.

A droite : L’espoir désespéré avec la mort qui commence déjà à frapper.

 

 

Quand vous êtes face à un tableau, demandez-vous quelle place confère le plus de puissance au tableau.

Au musée, tournez autour du tableau et observez l’effet produit par les différents angles de vue.

 

 

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