L’Arc noir, Kandinsky

Introduction

 

Si j’ai lu Du spirituel dans l’art de Kandinsky, c’est pour comprendre son tableau : Avec l’Arc Noir.

 

Je l’ai découvert dans le livre de Françoise Barbe-Gall : Comment regarder un tableau.

 

Je voulais le commenter mais je n’y arrivais pas. Je me suis dit quant lisant les écrits du peintre je pourrais trouver les pistes permettant de décrypter son œuvre. Mais même après je n’y arrivais pas.

 

En fait, tout le commentaire m’est venu d’un coup en écoutant : Verklärte Nacht, op 4, Boulez de Schoenberg.

 

Ce musicien a été une révélation pour Kandinsky et ils ont eu une correspondance importante.

Cependant, je ne sais pas quelle musique de Schoenberg Kandinsky a écouté pour ce tableau. Je ne sais même pas s’il en a écoutée une. Mais celle que je viens de citer m’a permis d’interpréter le tableau. Je trouve qu’ils vont bien ensemble.

 

Ecoutez là quand même, il se produira peut-être le même effet pour vous.

 

 

Passons de la théorie à la pratique !

 

Avec l’Arc noir : analyse du tableau de Kandinsky

 

 

Avec l'Arc noir Kandinsky

 

Agencement des formes et des couleurs

 

Il y a trois formes :

– Une forme fermée avec les angles arrondis et composée majoritairement de violet.

– Une forme de couleur rouge. La forme et la couleur créent un triangle pointant vers la forme violette mais dont la base n’est pas délimitée. Si le rouge est majoritairement présent à la pointe et sur les contours du triangle, il est ensuite remplacé par d’autres couleurs, notamment des nuances de vert. Mais il y a aussi une forme en violet et des traces presque effacées de bleu.

– La troisième est une forme indéfinie composée majoritaire de bleu. Le vert est également présent.

 

Les deux formes du bas pointent vers celle du haut. L’arc noir renforce cette idée de convergence.

La pointe rouge fait face à un bord droit de la forme violette. On dirait qu’elles se sont entrechoquées. C’est pour ça que le bord de la forme violette n’est plus très droit.

C’est aussi ce qui a produit cette tache violette avec des traits noirs par-dessus entre les deux.

 

D’ailleurs c’est quoi ces traits noirs ? Au début je pensais à des griffures. Mais ceux présents sur la tâche dont on vient de parler me font plutôt penser à des cicatrices.

 

Mais il s’agit d’un combat ? Peut-être. Les traits noirs, peu importe l’interprétation donnent une impression de violence. L’arc noir a l’air de diriger les éléments du bas contre celui du haut.

 

Puis il y a cette tâche rouge claire sur le côté gauche de l’arc qui m’a toujours fait penser à une goutte de sang.

 

Mais ce tableau donne aussi une impression d’harmonie.

 

Le violet c’est triste. Mais il est égayé par une touche de jaune. L’arc noir passe majoritairement sur lui pour mettre la couleur en valeur. En dessous du jaune il y a du vert mais le blanc le remplace. Il y a un rond vert mais il comporte plusieurs nuances.

 

Le rouge n’est pas éclatant et ne remplit pas toute la forme. Si ça avait été le cas il aurait accaparé le regard du spectateur. Il est adoucit par des couleurs pâles.

 

Le bleu a plusieurs nuances, mais c’est une couleur profonde on aime se perdre dedans. Le vert est parfois plus vif que dans les autres mais il est calmé par le bleu.

 

Chaque forme est harmonieuse, mais l’harmonie existe aussi entre les figures.

 

La forme rouge possède du bleu et du violet : harmonie des trois.

La forme bleue possède des touches de violet et quelques traits rouges : harmonie des trois.

La forme violette ne reprend pas les autres. C’est peut-être pour ça que les deux autres s’en approchent. Pour leur donner de leur couleur afin qu’elle participe à l’harmonie générale. Mais il faut se rappeler de ce Kandinsky dit du violet : «le violet procède d’un recul du rouge provoqué par le bleu ». Il ne reprend pas la couleur des deux autres parce que c’est un mélange des deux. Il est issu du rouge et du bleu. On a enlevé de la chaleur du rouge et de la profondeur du bleu pour créer le violet. Cette couleur est née des deux autres et c’est elle qui montre la véritable harmonie des trois.

 

Ces couleurs se projettent dans leur espace. Le rouge a donné la goutte de sang. Le bleu apparait dans le coin en haut à gauche. Un point violet est présent à droite au dessus du rouge.

 

Le vert est la couleur qui permet d’unir les figures entre elles, mais aussi entre elles et ce qui les entoure, leur espace.

 

L’arc noir, il ne faut pas l’oublié ! D’ailleurs le titre du tableau n’est pas l’arc noir mais Avec l’Arc noir. Ce avec montre son importance, ça montre qu’il a un rôle. Si le titre avait été l’arc noir, le peintre se serait contenté d’en représenté un sur un fond blanc.

Là il est important.

 

L’Arc noir est ce qui crée le mouvement dans le tableau.

 

C’est d’ailleurs étrange que ce soit lui qui crée le mouvement alors que Kandinsky définissait le noir comme un silence définitif qui marque la fin.

L’arc devient intéressant. Il est oxymorique : le noir est le symbole du silence, de l’arrêt définitif, mais en ayant une forme d’arc il devient mouvement, c’est lui qui fait interagir les blocs.

Alors pourquoi du noir ? Serait-ce vraiment un combat ? Les trois blocs se battent-ils vraiment jusqu’à disparaitre ?

Peut-être que c’est maintenant la fin de la guerre ? L’arc noir ferait alors office de drapeau blanc.

 

 

Musique

 

Dans le commentaire du livre Du spirituel dans l’art, nous avions vu que Kandinsky associait chaque couleur à un instrument de musique.

 

Et c’est là que la comparaison avec la musique de Schoenberg intervient.

 

Kandinsky, Lettre à Arnold Schönberg du 18 janvier 1911 : « Vous avez réalisé dans vos œuvres ce dont j’avais, dans une forme à vrai dire imprécise, un si grand désir en musique. Le destin spécifique, le cheminement autonome, la vie propre enfin des voix individuelles dans vos compositions sont justement ce que moi aussi je recherche sous une forme picturale. Actuellement, une des grandes tendances en peinture est de chercher la « nouvelle » harmonie, par des voies constructives, où le rythme est à bâtir à partir d’une forme presque géométrique. Cette voie, je n’y aspire et ne sympathise avec elle qu’à demi. La construction, voilà ce qui manquait si désespérément à la peinture ces derniers temps. Et il est bon qu’on la recherche. Seulement, c’est la manière de construire que je conçois différemment. Je crois justement qu’on ne peut trouver notre harmonie d’aujourd’hui par des voies « géométriques », mais au contraire, par l’antigéométrique, l’antilogique le plus absolu. Et cette voie est celle des « dissonances dans l’art » — en peinture comme en musique. Et la dissonance picturale et musicale « d’aujourd’hui » n’est rien d’autre que la consonance de « demain ». »

 

Il ne s’agit que d’un extrait de la lettre.

 

Ce tableau met cette découverte en application. La musique de schoenberg met des voix distinctes en relation. Elles sont différentes, on peut même reprendre le mot de Kandinsky, elles sont dissonantes. Elles ont chacune leur existence mais elles se complètent, elles se répondent.

 

Les trois formes représentent les groupes de musiciens. Ils se cherchent, se répondent. L’arc est un le chef d’orchestre, il coordonne les trois. En plus d’un mouvement pictural il fait transparaitre un mouvement musical.

 

 

Conclusion

 

Quand j’ai fini de lire Du spirituel dans l’art, je n’étais pas plus avancé que ça pour commenter le tableau.

 

J’ai fini ce livre avec plus de questions que de réponses :

 

Si je commente l’œuvre, ne vais-je pas tenté de plaquer un sens sur le tableau ?

Cette démarche est critiquée par le peintre. Si je fais ça, je ferme mon âme au tableau.

 

Si je le laisse venir, mon analyse reviendra à la description de mes émotions.

Il s’agira donc d’une vision personnelle, voire intimiste de l’œuvre.

Vous n’auriez donc pas la même puisque nous ne ressentons pas les mêmes choses de la même manière.

 

Ce tableau peut-il donc être analysé ?

La réponse peut être non. On peut donner des impressions, des ressentis. C’est ce que j’ai fait avec mes histoires de guerre et d’harmonie. Mais le but de l’art de Kandinsky est de faire vibrer l’âme du spectateur. Le meilleur commentaire est donc de dire : ça me parle.

 

Il suffit de regarder le tableau et de se laisser prendre aux émotions.

 

Et vous ? Qu’imaginez-vous et que ressentez-vous devant ce tableau ?

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